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Fatigue au travail : quand le corps dit stop

  • celiavigourouxpsyc
  • il y a 2 jours
  • 4 min de lecture

Ce mois-ci, focus sur une démarche qui me tient à cœur depuis 13 ans : la Semaine de la QVCT (Qualité de Vie et des Conditions de Travail) qui a lieu du 15 au 19 juin 2026 en France.


La QVT (Qualité de Vie au Travail) est apparue en 2013 en France, dans le cadre de l’Accord National Interprofessionnel (ANI du 19 juin 2013). Cet accord a marqué un tournant : pour la première fois, la qualité de vie au travail devenait un enjeu stratégique, lié à la santé, au sens, au soutien, au dialogue social et à la performance durable entre exigences et ressources.

En 2022, la QVT est devenue QVCT pour intégrer explicitement les conditions réelles de travail, la prévention des risques, et la qualité du dialogue dans les entreprises.



Quand la fatigue n’est plus seulement physique


Il y a des moments où le travail déborde. Nous l’avons tous connu. Celles qui ne viennent pas seulement d’un excès de tâches, mais d’un excès de pression intérieure, d’un manque d’espace, d’un déséquilibre dans la manière d’être en contact avec son environnement professionnel.


Dans ma pratique, j’entends beaucoup de trop, de fatigue intense et profonde qu'il est difficile de surmonter tant le rythme de la vie semble effréné.



La Semaine de la QVCT nous invite à regarder autrement ce qui se joue dans nos journées : non pas seulement ce que nous faisons, mais comment nous nous sentons en le faisant. La qualité de vie au travail ne se mesure pas seulement avec des indicateurs. Elle se vit dans le corps, dans les répétitions de situation, et dans la capacité à rester en contact avec soi au milieu d’un monde d’exigences professionnelles.

Et c’est précisément là que la Gestalt-thérapie apporte un éclairage précieux.


La fatigue n’est pas qu’une question de charge de travail ou simple "manque d'énergie". Elle est un phénomène de contact : un signe que quelque chose, dans la manière dont je suis en lien avec mon travail, ne fonctionne plus pour moi.


Ce que j'observe au travers du récit de mes clients :

  • des émotions mises en sourdine pour continuer à avancer,

  • une difficulté à dire non,

  • des professionnels qui s’adaptent jusqu’à s’oublier,

  • des pensées qui tournent en boucle sans trouver d’issue,

  • des personnes qui “tiennent” mais ne se sentent plus présentes,

  • des corps qui se crispent pour compenser jusqu’à l’épuisement parfois.


La fatigue devient alors un message comme un appel à réajuster. Il n’y a pas là de manque de volonté.

Ce sont des mécanismes de survie en réponse aux stress engendrés.



Le corps comme premier baromètre


En Gestalt, le corps n’est pas un outil : c’est un partenaire de conscience. Il signale ce que l’esprit tente parfois de rationaliser, de minimiser si habilement.


Les signaux que j’observe souvent :

  • tensions persistantes,

  • respiration courte,

  • irritabilité ou hypersensibilité inhabituelle (le fameux « rien ne va »),

  • perte d’élan (et la résignation qui s'en vient),

  • sensation d’être “en pilote automatique”,

  • sommeil perturbé et difficultés à récupérer même après le repos.


Le corps exprime de plus en plus fort que « quelque chose ne va plus dans la manière dont je suis en contact avec mon environnement ! » Et il le dit bien avant que l’esprit ne l’admette.

Le corps est un lieu de vérité que nous explorons par le ressenti en séance de Gestalt-thérapie.



Ralentir pour retrouver du contact


Ralentir n’est pas anodin. C’est un acte de responsabilité envers soi, envers la relation que l'on entretien avec son travail.



Quelques gestes simples issus de la Gestalt que je propose dans ma pratique :

  • Revenir aux sensations : sentir ses appuis, sa respiration,

  • Nommer ce qui se passe : « je sens de la pression », « je sens de la fpeur » ...,

  • Repérer et clarifier ce qui m’appartient. Ou autrement dit sa part de responsabilité de ce qui ne l’est pas pour éviter de porter sur ses épaules inutilement,

  • S'autoriser à ajuster son rythme plutôt que “tenir” : demander du soutien, poser ses limites, alerter sur ses difficultés pour trouver des solutions, réorganiser son énergie.


Ces micro‑gestes ne changent pas le contexte du jour au lendemain.

La thérapie Gestalt nous invite à prendre confiance dans notre capacité à se rencontrer soi-même avant de répondre aux sollicitations du monde professionnel. Nous regardons quels sont les mécanismes de protection/défense qui empêchent ou sabotent cette rencontre, les croyances limitantes et autres évènements traumatiques.



Retrouver du mouvement : un chemin vers soi


La fatigue professionnelle est souvent le signe qu’un ajustement créateur est nécessaire : une manière plus juste d’être en lien avec son travail, ses responsabilités, ses limites, ses besoins.


Accompagner ces mouvements, c’est ce que je fais chaque jour avec mes clients sans jugement : aider chacun à retrouver sa propre zone d’influence où se trouve son pouvoir personnel, de la clarté, du souffle, du discernement. À remettre du mouvement là où tout semblait verrouillé jusqu’à l’intérieur de soi, à redevenir acteur de son expérience, et à fortiori, professionnelle.



Cette semaine de la QVCT ne devrait donc pas être qu’un événement annuel.

Mais de rappeler plus largement un processus qui se veut vivant, un engagement envers soi, un chemin de présence que chacun est invité à arpenter avec attention au fil de son expérience au travail - et en lien avec les autres sphère de sa vie - pour maintenir un équilibre.

L'accompagnement par un.e thérapeute engagé.e pour y être soutenu, contenu et encouragé a toute sa place.


Et parfois, ce chemin commence simplement par cette question :

Qu’est‑ce que je ressens vraiment, là, maintenant ?

Parce que c’est en se rencontrant soi-même que l’on peut, enfin, retrouver une manière plus juste et plus vivante de travailler, et d'être au monde.

 
 
 

1 commentaire


isabelle.delhomme2018
il y a 15 heures

Merci pour ce très bel article. J'y retrouve une vision de la fatigue que je rencontre souvent dans ma pratique. : des personnes qui s'adaptent, tiennent, donnent beaucoup, jusqu'à parfois perdre le contact avec leurs propres besoins. J'ai particulièrement apprécié la place que tu accordes au corps comme partenaire de conscience et aux micro-ajustements du quotidien qui permettent de retrouver du mouvement. Une lecture à la fois accessible, profonde et porteuse d'espoir. Et juste pour cela, merci Célia. Isabelle D.

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