Et si vous sortiez du mode "pilotage automatique" ?
- celiavigourouxpsyc
- 22 mai
- 4 min de lecture
Quand nos automatismes prennent les commandes
Dans mon cabinet, j'entends régulièrement des personnes qui arrivent avec cette même sensation : « Je me sens dans le flou. Je me sens perdu.e dans ma façon d'agir vis-à-vis de moi et des autres. »

Ce n’est pas un manque de volonté. Ce n’est pas un défaut de caractère.
C’est souvent le résultat d’années à fonctionner depuis des automatismes devenus invisibles : répondre avant de sentir, s’adapter avant de choisir, dire oui avant même d’avoir entendu ses limites et de s'autoriser à exprimer un non.
Ces mécanismes ont souvent été très utiles dans l'enfance et l'adolescence. Ils ont permis de tenir, de s’ajuster, de traverser, de se protéger. Mais à force de les répéter, ils finissent par nous éloigner de nous-mêmes une fois adulte.
En Gestalt, nous observons ensemble ce moment où la personne réalise qu’elle ne vit plus depuis son expérience présente, mais depuis un héritage de réponses anciennes - comme des réflexes - ou de projections imaginaires.
Et c’est souvent là que quelque chose s’ouvre : lorsque l'on nomme toutes ses croyances qui mettent en exergue le début d’un mouvement vers plus de conscience.
Adapter… ou renoncer ? Une frontière fine et souvent confuse
Beaucoup de mes clients me disent : « Je m'adapte. Je préfère me taire voire m'effacer pour garder la relation et ne pas faire du mal à l’autre. J'ai peur de couper le lien. »
En séance Gestalt, quand on ralentit, quand on écoute ce qui se passe dans le corps, dans la respiration, dans le regard, dans la gestuelle… on découvre parfois que cette “adaptation” est en réalité un renoncement discret, source d’un mal-être, d'une anxiété qui s'installe.

Renoncer à dire ce qui dérange. Renoncer à exprimer ce qui blesse. Renoncer à ses besoins pour préserver la paix, l’autre, l’image de soi. Ce que l’on connait aussi. Une "zone de confort" en quelque sorte mais qui apparait de moins en moins satisfaisante quand on regarde les sensations et les émotions comme la colère, la tristesse qui peuvent émerger en fond et rester longtemps coincées dans la gorge, sous les yeux, sur l'estomac...
En Gestalt, nous travaillons précisément à cet endroit les mécanismes qui se jouent inconsciemment pour y mettre de la lumière. Discerner là où je rencontre l’autre sans me perdre, là où je peux m’ajuster sans m’effacer.
Ce n’est pas simple de regarder ces mécanismes. Cela nécessite du courage.
C’est un apprentissage ou un réapprentissage en douceur, chacun à son rythme.
Retrouver sa souveraineté intérieure
Ce mot souveraineté peut sembler fort, grand. Mais en séance de thérapie Gestalt, il prend une forme très concrète.
C’est ce moment où la personne sent à nouveau son axe, selon ses propres boussoles. Où elle retrouve la sensation d’être chez elle, dans son corps, dans sa voix, dans son rythme : alignée, au bon endroit, à l’endroit juste pour elle. Où elle cesse de demander à l’extérieur la permission d’exister.

Reprendre sa souveraineté intérieure, ce n’est pas devenir inflexible ou pire, égoïste. C’est d’ailleurs une crainte récurrente de mes clients.
Non. C’est retrouver la capacité de se sentir, de choisir, de dire oui ou non depuis un lieu vivant, conscient et de plus en plus sécure en soi.
En Gestalt, on va parler aussi de responsabilité personnelle. Je suis responsable de ce que je me fais vivre avec ce qui vient de l'extérieur, de la part des autres.
Alors non je ne suis pas fautif/fautive. Il ne s'agit pas de culpabiliser, mais bien d'observer et comprendre que ce que je vis vient de moi, de la réaction de mon interne face à l'expérience qui est en présence.
C’est un mouvement subtil, mais puissant : on cesse de réagir, on commence à répondre depuis soi, dans une zone où il est possible d’agir.
Passer de « je subis » à « je crée » : les ajustements créateurs
En Gestalt, nous parlons d’ajustements créateurs : ces gestes, parfois minuscules, qui transforment la manière dont on se tient vis-à-vis de soi en prenant conscience de nos fonctionnements, des autres et dans le monde.
Ce n’est pas changer ses habitudes, sa vie du jour au lendemain. C’est changer la manière dont on habite sa vie en changeant l’expérience que l’on veut vivre, différemment de ce qui a été vécu jusqu’alors. S’autoriser une nouvelle expérience avec des ingrédients qui ont une saveur déjà connue.

Un silence assumé. Une limite posée. Un besoin formulé. Un rythme retrouvé. Une présence plus ancrée.
En séance, j’observe des personnes passer de « Je n’ai pas le choix » à « Je peux faire autrement. »
Ce basculement-là est souvent le début d’une liberté nouvelle. Une liberté qui ne vient pas de l’extérieur mais d’un mouvement intérieur qui se remet à circuler pour peu à peu se fluidifier, et que j’accompagne en soutenant, outillant, encourageant. Car oui, ce mouvement demande de prendre sa responsabilité dans l'expérience et un véritable élan.
Un pas de côté pour revenir à soi
Sortir des automatismes. Cesser de confondre adaptation et renoncement. Retrouver sa souveraineté intérieure. Tisser de nouvelles expériences en retrouvant son propre pouvoir personnel, plutôt que subir.
Ce ne sont pas des concepts abstraits. Ce sont des expériences vécues, ressenties, incarnées — dans la chair, dans la voix, dans la relation. Et peut-être que tout commence par un simple geste : ralentir, se sentir, et oser regarder ce qui, en soi, demande à reprendre sa juste place.



Un texte profondément juste et éclairant sur ces mécanismes invisibles qui nous éloignent parfois de nous-mêmes.
La manière dont la Gestalt est ici présentée permet de mieux comprendre la frontière subtile entre adaptation et renoncement, tout en ouvrant une réflexion précieuse sur la responsabilité personnelle, l’écoute de soi et la liberté intérieure.
Ce qui ressort également avec force, c’est l’importance d’un accompagnement de qualité : un espace sécurisant, respectueux du rythme de chacun, où il devient possible de mettre de la conscience sur ses fonctionnements sans jugement.
Être accompagné avec cette finesse et cette présence permet souvent de retrouver un véritable pouvoir d’agir et d’oser vivre des expériences plus alignées avec soi-même.